
Papa,
Il y a des mots que l'on voudraient dire mais que la pudeur fait que l'on tait, il y a des sentiments que que l'on voudraient montrer mais que l'on cache.
Ta maladie me rappelle combien l'on est éphémére, l'attente de ces putains de résultats sont comme un couperet au dessus de nous, comme un oiseau de proie qui attend le moment propice pour frapper de plein fouet, alors frappera ou frappera pas ?
Chaque fois, que je viens te voir, je voudrai pouvoir te dire que je t'aime, que j'ai peur,que je veux pas que tu partes,que j'ai besoin de toi, que même à 37 ans on peut se sentir orphelin.
Je voudrai pouvoir m'assoir sur le bord de ton lit et te le dire au lieu de ça, à peine rentrer je veux sortir de ta chambre un sentiment de panique m'envahit.
Moi qui consacre ma vie professionnelle aux autres depuis 15 ans je n'arrive a surmonter ça.
Pendant des années, j'ai accompagné des étrangers jusqu'à leur dernier souffle et là, je n'arrive pas à passer plus 2 minutes auprés de toi.
Je sais que les non dis de mon enfance par rapport ce que tu m'as fais subir en sont la principale cause et pourtant... de ma part il n'y a plus de haine , ni même de regrets juste un besoin que tu me dises que tu m'aimes, une fois...rien qu'une fois.
Que tu me dises que tu es fier de moi, que ce que j'ai fais de ma vie soit pour toi quelque chose que tu estimes être quelque chose de bien.
Te voir renoncer à te battre face à la maladie m'est insupportable, tu as toujours été la force physique et morale incarnée et aujourd'hui tu baisses les bras, tu te plies, j'ai l'impression que tu te sert de ce putain de cancer comme un pretexte pour tout laisser tomber, nous laisser tomber, me laisser tomber.
Papa me laisse pas tomber, bats toi, j'ai besoin de toi,même si toi tu ne me le dis jamais moi je veux te le dire aujourd'hui : je t'aime.

